Dub Camp Festival 2019

On a un camion, nos affaires sont prêtes, on est excité comme jamais, la météo s’annonce bonne et les vibrations aussi. Nous quittons notre chaleur caniculaire du sud en vue de traverser la France, 850 km et un bon 8h de route nous séparent de notre destination ; le lac de Vioreau en Loire-Atlantique, où se tient sans doute le plus grand événement dub de France voir d’Europe, le Dub Camp festival…

Jeudi 11 juillet – L’échauffement

Clermont-Ferrand, Bourges, Tours et enfin Angers avant l’arrivée au grand rassemblement des dubbers de France et d’ailleurs.

« P*t*** Channel One c’est incroyable ! On a jamais fait une de leur session, j’ai à la fois envie d’être dimanche mais pas trop vite parce que y’a tellement d’artistes et de son qu’on veut voir »

« En plus c’est un festival organisé par une asso, faut vraiment avoir de l’énergie pour faire un truc comme ça » « En fait le dub camp c’est le pèlerinage du Sound System ! » « Tu crois qu’il y a des cigales au dub camp (ironie) ? »

Voilà nos grandes discussions sur la route. Tout autour de nous semble évoquer l’univers sound system, à l’image de la sélection spécialement préparée pour la route ou encore du café de marque “selecta” qu’on a pris dans une station-service. Le week-end s’annonce chargé. La préoccupation qui nous traverse l’esprit sont les choix cornéliens que l’on va devoir faire quand des artistes qu’on veut voir sont annoncés en même temps sur sous des chapiteaux différents.

« De toute façon ce soir il n’y a qu’une seule scène, on aura le temps d’envisager le moment venu » rassure Cédric à l’arrière du camion.

Arrivés après 20h sur le site, il nous faut bien une heure et demie pour monter notre campement dans le camping du festival. Les allers retours à la voiture nous font passer devant la mythique sono à 360 degrés de King Shiloh sur laquelle joue Conscious Sound avec les chanteurs Barry Isaacs et Donovan Kingjay.

Ça y est, on a troqué la pétanque contre jeux de palais, le nombre de bouteille de pastis semble réduit de moitié, de même que la température – exagération sudiste -, ce qui nous laisse respirer. On a aussi échangé nos cigales contre le chant des crapeaux présents autour du grand réservoir de Vioreau, où les berges sont classées en zone protégée Natura 2000. On apprendra plus tard qu’une équipe de bénévoles du festival s’occupe de surveiller et de sensibiliser autour de cette zone.

Après un apéro bien mérité à la tente, nous voici pour la mise en jambe du week-end, et pas des moindres, « autour » de la sono ronde de King Shiloh sur laquelle résonne la voix de MC Red Lion. Ce n’est pas leur première venue au festival, ils étaient déjà présents et leur sono est surement l’une des plus connue de par son aspect hors du commun et leur réputation de jour fort s’est plutôt confirmée.

King Shiloh sound system et ses 16 scoops

Arrive le temps des dernières tunes et dubplates, Une foule de massive soulevant des nuages de poussières, se déhanchant sur les skanks acérés et les basses surpuissantes sortant des 16 scoops de la sono hollandaise. Un crachin s’invite à la dance, donnant un côté warrior à la session, et soudain Breddda Neil, selecta de KS, nous sort une version stepper du fameux Borat’s disco dance, c’est l’avant dernière tune, la foule de plusieurs centaines de personnes déborde d’énergie.

Difficile d’aller dormir après ça, pourtant la journée qui suit s’annonce palpitante. Trois énormes chapiteaux qu’on aperçoit depuis le camping sont dressés et n’attendent qu’à recevoir des foules de massives jamais rassasiés de skanks.

Vendredi 12 juillet

Vendredi matin, on prend le temps, on s’arrête plusieurs instants devant les sonos de Prayazen et Stepper Allianz au Rootsman corner. A 16h le site ouvre au public, c’est aussi à cette heure-là que l‘on doit aller à l’espace média du festival. On y rencontre Marine qui s’occupe de gérer les plannings d’interview, et on rencontre d’autres collègues de radios associatives qui ont fait le déplacement. On interview Dub Sheperds et Manudigital. (Les interviews sont à retrouver dans les émissions)

Il est temps d’aller faire un tour dans l’enceinte du festival, ouverte depuis deux bonnes heures. Nous allons écouter le live de Dub Sheperds, un live joué sur bandes magnétiques avec des vrais sons d’instruments, enregistrés dans leur studio clermontois, dont un orgue qui chatouille délicieusement les oreilles.

Dub Shepherds sur la sono de Jah Militant à l’Outernational Arena

On se dirige ensuite vers le Dub Club Arena où la sono de Legal Shot Sound System trône fièrement sous le chapiteau. Sur ces scoops sortent les basses de Manudigital qui nous sort un set bien énervé. Après un rapide passage à la tente, il est temps de nous diriger sous le Sound Meeting où se trouvaient les mythiques sonos anglaises d’Indica dubz et d’Iration Steppa accompagnés des français de Kiraden Sound System. A notre arrivée, bien avant d’entrer sous le chapiteau, on commence déjà à ressentir sérieusement les vibrations des basses. C’est Mark Iration qui est aux commandes de sa sono qui nous transperce littéralement. Sous cette scène, chaque sound joue à son tour pendant un quart d’heure ou quelque chose comme ça. Après avoir écouté les dubplates de chacun, Iration Steppa nous sort un riddim de « I Love Marijuana » de Linval Thompsons.

« – Ah ouai mais c’est vrai qu’il est en train de chanter avec Irie Ites ! Faut qu’on aille écouter ça ! – Attend on reste juste pour celle-là quand même ».

Après notre satisfaction d’avoir entendu cette dubplate, on se dirige vers le Dub Club où l’ambiance est bien plus lente et roots. On profite des skanks plus tranquilles pour nous poser un instant dans les quelques 5 ha de champs qui font le site, en écoutant ce « papa » du reggae.

Bon, on retourne au sound meeting ? Aussitôt dit qu’on traverse déjà le grand site du festival, où l’on retrouve des boutiques de vinyles, vêtements, le stand de Klementz avec leurs maquettes fonctionnelles de préamp et de sirènes et le fameux boxman challenge qui a pas mal fait parler de lui sur les réseaux sociaux. A la clé un pass pour le Dub Camp 2020 tout de même !

Arrivés au Sound Meeting, l’ambiance est incroyable, chaque sound enchaîne des dubplates ou morceaux mythiques et envoûtant, l’énergie qui se dégage de là et géniale, c’est la course à la dubplate la plus mad. Le volume est très élevé, les basses fréquences se font ressentir. Et pour rester dans une ambiance majoritairement anglaise, on passe évidemment écouter le célèbre Aba Shanti I à l’Outernational qui nous fait une sélection 90 UK et nous sort ses premiers morceaux, c’est mythique d’entendre ça, j’en ai des frissons ! Et voir autant de monde en session fait plaisir !

Aba Shanti I – Positive Vibration (sortie en 1995 !)

Samedi 13 juillet

Ce qui est génial dans ce festival, c‘est que les sonos changent chaque jour. Ainsi aujourd’hui on va skanker vaillamment devant les sonos de Young Veteran, Hytal Bosra, Young Warrior, Wandem et RDH HiFi.

Après avoir rencontré Barbes D, puis Sensi T, Guru Banton et Shiva de Brainless, et enfin le crew Footprint System, il est temps d’aller profiter des scènes, les basses nous appellent.

Sur l’Outernational arena s’annonce une grosse programmation pour tout fan de la « French Touch » du dub : Ackboo, Footprint System, Kanka, et surtout Brainless et Ist3p seront le menu de cette soirée. Sans oublier bien sûr des passages PLUS ou moins long aux autres scènes. En sortant du sound meeting d’ailleurs, on entend sonner la fin du morceau Victory de Dubkasm au loin, probablement sa last tune. « Bon bah au moins on l’aura entendu de loin celle là, à défaut d’être aller voir Dubkasm ! » dit Romain.

S’en suit la fin du live de Kanka, le chapiteau regorge de monde, a foule en déborde et danse tout autour, « il y a vraiment du monde là !’

Le classique stepper style résonne comme un hymne au stepper, dès la premières seconde, la foule s’est embrasée, tout le monde a été sensible à cette musique qui en a fait connaitre à plus d’un la puissance du stepper. S’en suit une belle minute de silence pour Steve, le jeune homme tragiquement disparu dans la Loire suite à une charge policière sur les quais Wilsonn, devant un sound system tekno, le soir de la fête de la musique. Beaucoup de gens sont touchés et lèvent le poing. Le dub est une musique engagée qui véhicule toujours des messages malgré son évolution.

Le live de Brainless qui suit le set de Kanka en a probablement scotché plus d’un avec une last tune plus proche d’un son de free party que de dub (un morceau qui s’intittule sobrement ‘Dub Core’, mais qui n’est jamais sortis). Mais Brainless c’est aussi 3 MC et musiciens fougueux comme des lions, les plus jeunes artistes du festival âgés de 23 et 24 ans. En tant qu’amateurs d’électro dub, nous étions pleinement époustouflés par l’ambiance et le bordel qu’ils ont mis.

The Brainless Experience Feat Ishiban

C’est à ce moment-là que je remarque que pas mal de gens portent se sont équipés en protection auditive (Mais toujours pas assez) , il y a des bouchons disponibles de manières très accessibles au stand info du festival. La protection auditive c’est vraiment important, surtout pour ceux qui mettent « la tête dans le caisson » et même en cas d’écoute prolongée comme c’est le cas en session.

La soirée se fini pour nous sur l’excellente vibe du Wandem sound, toujours au Dub Club Arena.

Dimanche 14 juillet

En début d’après-midi c’est grosse session chinage, si bien qu’on en oublie qu’on a pleins de monde à aller écouter. C’est parti pour Dub Kazman, le représentant de la scène dub japonaise, et ses dubplates wicked et super propres de la scène d’Osaka. (Aller écouter les complilations Osaka Steppas). Je réalise que tous les drapeaux de pays que l’on retrouve sous les chapiteaux correspondent à la nationalité des artistes programmés au festival. Je suis content de cette découverte et me demande si d’autres festivaliers ont fait le même constat.

Dub Kazman sur la sono de Mungo’s HiFi au Dub Club Arena

Après Dub Kazman suit Mungo’s HiFi, pour une terrible session sur leur propre sono, sur laquelle on retrouvait des autocollants « police partout justice nulle part », décidément le dub est politique ! Après une terrible session de leur part, accompagné de leurs MC Kenny Knots, il est grand temps d’aller écouter Channel One Sound System, en place pour toute l’après-midi à la Sound Meeting Arena.

Mungo’s HiFi – Divorce à l’italienne riddim

Cette mythique sono qui a fit danser des générations de massives, depuis 1978,se retrouve là, à côté de nous. Les sélections de Mickey Dread sont excellentes. Ils savent y faire ces anglais ! On est sur de la valeur plus que sûre avec ces anglais.

On passe quand même écouter OBF, derniers de la programmation du Dub Club. On arrive au moment du morceau ‘How You Feel’ enregistré avec Joseph Lalibella, présent également ce soir. Après plusieurs pull-up faisant monter la pression à son paroxysme, le ‘lâché de basse’ est explosif, c’est un bordel sans nom sous ce chapiteau. Et comme d’habitude, OBF est bien s’entouré, ils sont aussi accompagnés de Shanti D, Sir Wilson, Charlie P et aussi Junior Roy. Une flopée de MC qui font bien monter la sauce de cette session. C’est énervé.

Bon alors OBF on les a déjà vu, et on a plus souvent l’occasion de les voir dans notre sud de France que Channel One, c’est pourquoi l’on décide de finir au Sound Meeting et on arrive au moment de cette superbe dubplate de Ketty Roots qui fera office de Last Tune. Après 5 minutes de blancs et d’attente, ce morceau va ravir tout une foule de skankers, les drapeaux rastas flottent tout autant que le poussière soulevée par le public qui savoure ces derniers instants de son sur cette mythique sono.


De la fatigue, mais des basses pleins les oreilles

Le dub est un style de musique en plein évolution, ce genre de festival rassemblant la scène traditionnelle et la nouvelle vague nous le montre.
Tout amateur de reggae dub n’aura pas une minute à perdre tant la programmation est pointue et de qualité, les rootsman peuvent profiter d’un reggae bien 70’s au Rootsman Corner tandis que les fan de sonorités plus électro se donnent rdv à l’Outernational.


Mais malgré son évolution, cela reste revendicatif, à l’image de la minute de silence pour Steeve ou le drapeau antifa qui flottait sous les chapiteau les vendredi et samedi soirs.

Ce qui a marqué nos âmes de massives lors de ce festival, est sans aucun doute la puissance et l’efficacité des anglais et de leurs sonos, le temps qui passe tellement vite tellement on a e quoi faire.

Mais une chose est sûre, c’est qu’on se donne rendez-vous l’année prochaine, parce que c’est certain que ce festival va devenir notre rassemblement annuel !

Un grand merci à Mélanie, Marine, et toute l’équipe et les bénévoles du dub camp.
Merci aux artistes qui ont répondu à nos interviews, vous les retrouverez sur les ondes de Radio Campus Montpellier ou dans les podcasts de l’émission Campus HiFi !

Dub It !

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